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Sécurité·2 min de lecture

Frigos piratés : le froid commercial de nouveau visé en Europe

Trois semaines après les attaques contre des supermarchés français, de nouveaux incidents touchent le froid commercial en Europe et révèlent les limites de la protection centralisée.

Rows of supermarket refrigerated display cases with a remote controller screen showing a temperature alert.
Image: FRENCHWEB.FR

Trois semaines après les attaques contre des supermarchés français, de nouveaux incidents frappent le froid commercial dans plusieurs pays européens. Le 2 novembre, COOP a constaté des perturbations dans les installations frigorifiques de sept magasins suédois : certains équipements se sont arrêtés, d’autres fonctionnaient partiellement et, dans un établissement, le système a commencé à produire de la chaleur. Plusieurs magasins ICA sont aussi touchés.

Dans la même nuit, des incidents ont été rapportés en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Irlande et en Estonie. En Finlande, quelques magasins ont relevé des anomalies de température. La ressemblance avec les attaques d’octobre en France est frappante.

Des contrôleurs à distance au cœur du problème

Dans la nuit du 11 au 12 octobre, les installations frigorifiques de plusieurs centaines de commerces français ont été perturbées. Des magasins ont dû jeter leurs produits frais ou surgelés ; la presse évoque jusqu’à 700 établissements et des pertes de plusieurs dizaines de millions d’euros. Le CERT-FR a publié une alerte le 12 octobre sur la compromission de contrôleurs à distance, puis élargi la liste des équipements concernés : séries AK-SM et AK-SC de Danfoss, systèmes XWEB de Copeland et Dixell.

Ces contrôleurs permettent de surveiller les installations, d’ajuster leurs paramètres et d’organiser la maintenance. Cette commodité devient une faiblesse quand l’accès est mal protégé. Une consigne réglée à 50 °C ne signifie pas que les produits atteignent cette température, mais remettre le système en marche ne rend pas vendables des denrées devenues impropres.

Qui sécurise quoi ?

La difficulté tient au partage des responsabilités : le fabricant fournit les mises à jour, le frigoriste installe et entretient, le commerçant subit les pertes, et la direction informatique de l’enseigne n’a pas toujours accès aux installations de chaque magasin. En Belgique, Colruyt précise que les cinq magasins SPAR touchés sont exploités par des indépendants dotés de leurs propres systèmes ; Carrefour fait état de quinze magasins concernés.

Selon Censys, le nombre d’interfaces Danfoss StoreView visibles sur Internet en France est passé de 1 825 le 11 octobre à 220 le 2 novembre, soit 88 % de moins. Un peu plus de 1 000 instances restent exposées dans le monde, dont 138 en Belgique, 51 aux Pays-Bas et 50 en Suède. Le CERT-FR rappelle que réinitialiser un équipement ne corrige pas la faille : il faut supprimer l’accès direct depuis Internet, appliquer les correctifs et sécuriser la configuration.

Réactivité et hypothèse du sabotage

Le délai d’intervention pèse sur le bilan. En Estonie, Kitman Coldtech affirme être intervenu en quelques minutes sans dommages significatifs ; en Irlande, Musgrave annonce l’incident résolu lundi après-midi dans treize SuperValu.

Aucune demande de rançon n’a été rapportée, ce qui rend le sabotage plausible sans prouver une opération étatique ni une campagne unique. Les enquêteurs n’ont pas publiquement établi de lien entre les incidents. Le parquet fédéral belge a ouvert une enquête et Kesko, en Finlande, cherche encore l’origine des anomalies sans exclure une intervention à distance.

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